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Usagers #6

Ginette : Ma famille, mon territoire

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Ginette est une militante qui pense qu’il n’y a pas d’âge pour se soucier des autres. Elle ne quittera jamais sa ville ni sa maison – épicentre de sa famille qui lui apporte un soutien affectif. Ayant passé toute sa vie en pavillon à Gennevilliers, elle a le sentiment d’avoir su conjuguer une vie rurale et une vie urbaine. Son territoire est celui de la proximité familiale. Cette famille l’incite à aller plus loin en parcourant la France et la Belgique via le train.

  • Par Aurélie Barbey
  • Le 28 novembre 2020 à Gennevilliers (92 230)
  • Photographie : Olivier Leclercq Édito  : Michèle Leloup Montage : Valentin Brion Musique - Ezechiel Pailhès Label - Circus Company

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Contenu du podcast

Portrait

  • :

    → Être attentif aux autres est avant tout une culture !

  • :

    → Préserver son identité malgré le passage à la retraite.

  • :

    → Renforcer le fondement de la société par une proximité des générations.

  • :

    → Considérer sa maison comme un lieu de mémoire familiale avec son mobilier et ses bibelots.

  • :

    → Anticiper un manque prochain de motricité en pensant à aménager le rez-de-chaussée.

  • :

    → Vieillir paisiblement parmi les siens jusqu’au bout.

Destinations fréquentes et marchabilité

Logement

  • Surface:

    150 m² + 80 m² de stockage + 150 m² de jardin

  • Étage:

    Plain-pied

  • Ascenseur:

    Non

  • Nombre d'occupants:

    1 + famille à proximité immédiate

  • Quartier:

    Le Luth / Gennevilliers /
    92230

  • Centralité:

    1km de la ligne 13,
    à 200 m du tramway ligne 1

Plan

  • :

    1 Coin nuit

  • :

    2 Coin activités

  • :

    3 Coin invités

  • :

    4 Coin lecture

  • :

    5 Coin cuisine

  • :

    6 Coin rangement

  • :

    7 Point d’eau

Retranscription de l’entretien

Notre histoire est liée à nos lieux de vies, les endroits où on habite, de votre première à la dernière maison, quel a été votre parcours résidentiel ?

Ma première maison se trouvait dans le secteur de Gennevilliers qui s’appelle maintenant le quartier du Luth où vivent 12 000 habitants. À mon époque c’était la campagne. Il y avait juste un chemin en terre, donc boueux le plus souvent, et j’avais la chance de demeurer dans l’un des six pavillons, c’était vraiment un terrain d’aventures pour les enfants, il y avait même une porcherie !

À quelle époque était-ce ?

Je suis née en 1935 et je suis restée dans ce quartier jusqu’en 1959. Après mon mariage avec Roland, j’ai habité dans une maison mais dans un autre quartier de Gennevilliers. C’était un viager, un petit pavillon donnant sur une grande cour de sorte que nos enfants ont pu s’épanouir dans cet environnement. Par la suite, nous avons été expropriés en raison de la construction d’un grand boulevard intercommunal et nous avons eu la veine d’atterrir dans cette résidence Villebois Mareuil réservée en partie aux relogés. J’y suis depuis les années 1970, toujours en pavillon, ce qui est l’idéal. Je me souviens qu’autrefois quand nous allions chez des copains habitant en HLM, ma fille disait « Elle vit dans quel casier Mme Untel ? ». Nos enfants avaient bien réalisé ce qu’était la vie dans les grands ensembles.

En somme, vous préférez la vie en pavillon ?

Tout le monde se connait, nous faisons des fêtes entre voisins, c’est une autre vie, le jardin permet aussi de créer des liens.

Je pense qu’en vieillissant je serai peut-être bien contente d’y organiser ma chambre de manière à être de plain-pied le plus longtemps possible.

Au fil du temps, votre maison a du évoluer par la force des choses. Qu’est-ce qui a changé ?

Le premier étage était impeccable mais les enfants voulaient que l’on s’agrandisse, nous avons donc aménagé le grenier à condition que tout le monde se retrousse les manches, pas question que le papa fasse tout, à cette époque-là leurs copains sont venus nous prêter la main. Maintenant, la famille est tellement grande qu’ils voudraient bien que l’on abatte le mur du salon pour avoir plus d’espace lors des réunions familiales. Mais je suis contre ! Je pense qu’en vieillissant je serai peut être bien contente d’y organiser ma chambre de manière à être de plain-pied le plus longtemps possible.

Qu’attendez-vous de la ville et notamment de Gennevilliers ?

J’y trouve l’essentiel notamment mes nombreuses activités. Je ne participe pas forcément à tout ce que la ville organise, par exemple le repas des vieux, pitié non merci ! Mais je m’y sens bien car j’ai toujours été curieuse des autres et dès qu’il est possible d’aider et de mettre le doigt dans le tissu associatif cela me plait, mais attention, j’ai bien dit le doigt pas le bras !

Chez moi c’est bien. Il y a tout ce qu’il me faut et mon quartier est calme.

En réalité, vous êtes dans la vie associative depuis toujours, même encore maintenant, ce n’est donc pas la retraite ?

Eh bien non, je poursuis mon cheminement militant qui date des années 1970 quand sont nées les luttes pour la libération de l’avortement et pour la contraception. À cette époque, mon groupe de copines s’est formé et il existe encore ! L’autre jour, nous avons déjeuné avec un vieux copain qui nous a dit : « Je ne vous remercierai jamais assez les filles, c’est votre action qui m’a rendu tel que je suis aujourd’hui!». De la part d’un homme, c’est un beau compliment pour notre groupe de femmes ! Après la disparition du MLAC, nous avons été un peu orphelines.

Le MLAC ?

Le Mouvement de la Libération de l’Avortement et de la Contraception ! Avec mes copines nous aidions les femmes à avorter à Gennevilliers avec le soutien de médecins engagés, nous étions tous des « hors-la-loi », mais nous agissions au grand jour, nous ne nous sommes jamais masqués. Nous avons même écrit un livre qui s’appelait « Les femmes de Gennevilliers » qui racontait les expériences de celles qui avaient subi des interventions volontaires de grossesse dans notre ville, soit en Hollande ou en Angleterre. Ensuite, nous nous sommes regroupées avec le cabinet médical pour monter l’association « Les amoureux de la santé ». L’idée était de montrer que le pouvoir n’était pas uniquement entre les mains d’un médecin mais entre celles des patientes que l’on encourageait à agir pour leur propre santé.

Avez-vous mené d’autres actions militantes ?

Après nous avons ouvert la Maison des Femmes dans les années 1980. Cette action militante a duré jusqu’en l’an 2000 et l’on s’est aperçu qu’il avait des femmes dont les besoins de formations professionnelles étaient criants de sorte que nous nous sommes engagées dans cette voie. Des crédits nous ont été accordés pendant deux ans puis la DDASS a exigé plus de mixité. Reste que l’association existe toujours et qu’elle continue la formation pour tous.

L’ambiance s’est amenuisée au fil du temps, je pense que les nouveaux propriétaires ont d’autres façons de vivre, il y a aussi la télévision, ceci ou cela, bref, les gens préfèrent rester enfermés chez eux.

En réalité, vous n’avez jamais arrêté ?

Par la force des choses ! En recevant quelques confidences de femmes pendant les cours d’alphabétisation ou de couture, il nous a paru urgent de venir en aide aux femmes victimes de violences conjugales. Nous avons donc ouvert une autre association en 1992, elle est toujours active et emploie maintenant une trentaine de salariés. C’est énorme, hein, c’est énorme ! Aujourd’hui, je participe aux Restos du Cœur en qualité de petite bénévole, j’y vais pour les inscriptions et la distribution. Là encore, il y a des gens extraordinaires qui sont là tous les jours. Sans compter l’aide aux réfugiés.

Vieillir ne change donc pas grand-chose pour vous ?

Tant que je peux… Même si maintenant je tourne un peu au ralenti. Mais je pense qu’il faut que je continue, c’est une façon d’être, c’est aussi une façon de vivre.

À quoi ressemblerait votre maison idéale ?

Chez moi c’est bien. Il y a tout ce qu’il me faut et mon quartier est calme. De surcroit, j’ai un jardin de plain-pied je peux voir mes voisins. Mes deux filles demeurent à côté et ma petite-fille aussi, j’ai également une arrière-petite-fille. Reste que notre résidence va bientôt être clôturée, à mon grand regret, mais il faut sécuriser les voitures ! Aujourd’hui, les voisins ne veulent plus être dérangés par les jeunes qui font du bruit, c’est vrai, ni par leurs déchets Mac Do qu’ils laissent en venant fumer des pétards au pied de chez nous.

La mémoire est encore présente même si le papa n’est plus là, les meubles on peut encore les toucher,
les caresser…

Qu’attendez-vous de vos voisins que vous connaissez depuis toujours ?

Les voisins deviennent frileux, tout le monde s’enferme. Il y a des nouveaux venus que l’on ne connaît pas. On a beau organiser des fêtes, la galette des rois dans les escaliers ou la fête de printemps que nous avons remis à l’honneur en 2019, on s’aperçoit qu’il y a de moins en moins de gens qui y participent. C’est le repli. N’osent-ils va venir ou est-ce nous qui n’allons pas assez vers eux ? C’est la question mais c’est dommage. Au départ, nous nous connaissions tous dans cette résidence, le nettoyage des parties communes se faisait ensemble, chacun selon son bon-vouloir. Certains préparaient le repas, d’autres qui bêchaient ou coupaient les troènes. Depuis un moment nous avons une entreprise spécialisée qui vient régulièrement, tout bonnement parce que c’était toujours les mêmes qui s’y collaient. L’ambiance s’est amenuisée au fil du temps, je pense que les nouveaux propriétaires ont d’autres façons de vivre, il y a aussi la télévision, ceci ou cela, bref, les gens préfèrent rester enfermés chez eux.

Que vous inspire votre maison ?

On y retrouve partout les meubles que mon mari a réalisés, c’est important pour les enfants, la mémoire est encore présente même si le papa n’est plus là, les meubles on peut encore les toucher, les caresser…

Il ne faudrait pas que mon espace se rétrécisse du fait que je vieillisse.

Comment se réinvente-t-on lorsque l’on perd un proche ?

Roland est décédé dans les années 1990 et mes enfants ont été d’un grand secours, mais aussi les copains et les copines qui le connaissaient. Quand on aime quelqu’un, tout le monde est là pour vous soutenir. Aussi, ai-je été obligée de reprendre un travail salarié, car le militantisme et le bénévolat c’est bien, mais il m’a fallu subvenir à mes besoins, je devais aussi m’occuper et sortir et ne pas rester enfermée dans ma maison.

Quel métier exerciez-vous ?

J’étais aide-comptable et puis il y a eu la naissance de mon deuxième enfant, alors j’ai arrêté. Les enfants avant tout ! Avec un papa enseignant, nous avions du temps libre ce qui nous a permis de faire beaucoup de choses en famille, nous allions à la campagne, aux champignons, ou observer les oiseaux pour observer la nature. C’est sans doute pourquoi mon fils travaille au Muséum d’Histoire Naturelle, ce n’est pas innocent si le fils a suivi les traces de son père, tout comme notre fille qui a rejoint le Centre d’entraînement aux méthodes éducatives actives…

Qu’est-ce que vieillir pour vous ?

Il ne faudrait pas que mon espace se rétrécisse du fait que je vieillisse, donc pour le moment ça va, je trotte, mais après ? L’une de mes copines est handicapée et nous nous relayons pour la conduire à l’hôpital. Il y a une telle amitié dans notre groupe de femmes que cela ne s’arrêtera jamais ! L’amitié est présente dans les bons et les mauvais moments. Nous continuons à nous inviter au restaurant, on poursuit notre vie entre copines.

L’amitié est présente dans les bons et les mauvais moments. Nous continuons à nous inviter au restaurant, on poursuit notre vie entre copines.

Votre solidarité est toujours aussi solide…

Une grande solidarité et puis on s’aime!

Du fait que vous allez moins à Paris, votre vie se concentre-t-elle sur votre quartier ?

C’est certain. Avec mes activités, les Restos du Cœur, les femmes en difficulté, les victimes de la violence conjugale, l’aide aux réfugiés, bref, tout se concentre sur Gennevilliers. Par conséquent, je n’éprouve plus le besoin d’aller à Paris, en outre, je ne suis pas très intellectuelle donc aller au cinéma ou aller au théâtre, je peux le faire ici, ou bien trouver mon bonheur dans un bouquin.

Vous n’éprouvez donc pas le sentiment de solitude ?

Pas pour le moment, non.

Alors comment gérez-vous l’énergie que vous avez aujourd’hui ?

Certes, il y a une baisse d’énergie, les années sont là. Depuis un an, je m’en aperçois, je fatigue un peu plus, du coup, je prends davantage l’autobus et le tramway. Mes copines le remarquent et me disent, tiens on ne t’a pas vue ! C’est normal, même si tout le monde m’envie à l’âge que j’ai de pouvoir encore entreprendre.

Une grande solidarité et puis on s’aime.

Quel est votre âge Ginette ?

84 ans. Pour le moment, ça va, peut-être que dans un mois ou dans un an, je serai… On ne sait pas. Donc, à la limite, il ne faut pas y penser et se préparer en restant active.

À quoi vous sert ce temps libre ?

Le temps libre, c’est avoir les yeux dirigés vers les autres. C’est ça le temps libre ! Cela permet de voir ce qu’il se passe autour de soi, même si du temps l’on en garde pour bouquiner, pour regarder des choses intéressantes à la télévision ou partager des moments en famille. Mais nous ne sommes pas aveugles, on voit bien autour de nous la misère qui s’installe, les difficultés que les gens rencontrent ou le manque d’empathie vis-à-vis des réfugiés, certaines réactions à leur encontre sont difficiles à avaler, à croire que les gens ne savent pas ce que c’est que le malheur. Ne savent plus ce qu’est la douleur.

Cet état de fait vous rend-t-il triste ?

Par ma culture, je suis ouverte aux autres comme mes parents avant moi. Chez nous, autrefois, il y avait toujours des copains, des réunions dans la cuisine, on se serrait mais on était ensemble. C’était la même chose chez mes beaux-parents.

Tout se concentre sur Gennevilliers. Par conséquent, je n’éprouve plus le besoin d’aller à Paris.

Vous êtes très liée à votre famille, mais vous ne pouvez pas vous empêcher d’avoir un regard sur le monde tel qu’il va…

C’est important ! J’ai souvenir que lorsque mon mari est parti faire la guerre en Algérie, mes beaux-parents alertés par la paroisse ont accepté de prêter sa chambre à Mohamed, un réfugié de l’époque. Momo est devenu un grand copain, les parents sont allés le voir quand il est revenu dans son pays natal. Ce sont des choses importantes dans la vie que l’on peut raconter à nos enfants pour qu’ils comprennent l’engagement de leur famille.

Quand on vieillit, parfois on n’a pas forcément toutes les ressources qu’on veut. Êtes-vous dans le besoin ?

Contrairement au secteur privé, la fonction publique - en l’occurrence l’Éducation Nationale - verse la pension de réversion à la veuve dès le lendemain du décès du mari, par conséquent j’ai reçu une aide immédiate appréciable.

Alors pourquoi vous êtes-vous remise à travailler ?

Ma pension n’était pas suffisante. Lorsque ma maman est décédée, j’ai hérité une petite somme qui m’a permis d’acheter un autre pavillon pour y loger une de mes filles.

Depuis un an, je m’en aperçois, je fatigue un peu plus, du coup, je prends davantage l’autobus et le tramway. Mes copines le remarquent et me disent, tiens on ne t’a pas vue !

Pour clôturer notre échange, un petit tour de questions/réponses. Votre vendredi soir idéal ?

Tout dépend de mon agenda et des évènements culturels. L’autre jour, je suis allée voir une pièce de théâtre montée par des femmes battues de l’association et demain, par exemple, je vais à la projection d’un film réalisé par le planning familial. Sinon, je reste chez moi à faire des mots croisés, c’est un peu au jour le jour.

Et votre dimanche idéal ?

Parfois tous mes enfants sont avec moi, parfois pas et je dis ouf !

Jardin ou balcon ?

Les deux, mais c’est surtout le jardin qui se trouve de plain-pied.

Ville ou campagne ?

Campagne. Ici, je me sens un peu à la campagne

Sport ou canapé ?

Je pratique le plus souvent la marche. Le canapé non, je suis du genre à avoir la bougeotte !

Seule ou accompagnée ?

Accompagnée !!

Votre plante préférée ?

Bonne question! C’est mon rosier qui donne des roses magnifiques.

Interview réalisée le 28 novembre 2020 à Gennevilliers par Aurélie Barbey